L’EPR a suffisamment de
retard pour enfouir la ligne THT
Il faut du temps pour enfouir la ligne THT ?
Cela tombe bien, le chantier de l'EPR est en retard. Profitons-en !
Officiellement, le calendrier des travaux de
construction du réacteur nucléaire EPR de Flamanville établi depuis
l'origine ne change pas. Il en va de même de la future ligne THT
Cotentin-Maine, destinée à transporter en Bretagne l'électricité
produite par l'EPR.
Concrètement, la mise en service de celle-ci
est toujours prévue pour la fin 2011, puisque l'EPR doit être achevé
en 2012.
Mais le respect de ce calendrier, imposé
pour des raisons commerciales tant à EDF pour le réacteur de
Flamanville qu'à sa filiale RTE pour la ligne THT, est-il toujours
d'actualité ? A partir du seul point de vue technique, les écologistes
et... le syndicat CGT d'EDF, très favorable au nucléaire lui, se
rejoignent pour en douter sérieusement.
Leurs avis se réfèrent aux malfaçons dans
la qualité du béton et du ferraillage qui avaient conduit l'autorité
de sûreté nucléaire à faire suspendre le chantier en mai 2008.
Avant de demander à EDF en févr
ier dernier de
prendre des mesures pour redresser cette situation.
Retard
prévisible
D'où le cri d'alarme de la CGT qui évoque
le 2 septembre, « l'existence d'un décalage entre le planning
des études et la réalité du chantier », et conclut : « le
retard est prévisible au regard des travaux actuels. » Pour la
ligne THT, ce décalage dans le calendrier de construction de l'EPR
pourrait tomber à point, car ce chantier est susceptible lui aussi,
de prendre du retard. On attend en effet toujours le rapport de la
commission chargée de l'enquête publique, qui s'est achevée le 17
juillet dernier. Il ne sera pas remis avant le 15 octobre au plus tôt.
Et quel que soit l'avis rendu, il sera certainement assorti de
remarques dont il faudra tenir compte.
Cette étape est un préalable obligatoire à
la déclaration d'utilité publique donc aux travaux de construction
de la ligne. Par ailleurs, au cas où une étude épidémiologique
serait lancée par le préfet de la Manche, coordonnateur du projet
Cotentin-Maine, le calendrier de réalisation de la ligne serait lui
aussi sensiblement allongé.
Profiter
du temps supplémentaire
Or, une telle étude est demandée par le
conseil général de la Manche et le collectif des maires concernés
par la THT, en référence à la Charte de l'environnement qui fait
partie de la Constitution. Une démarche reconnue par le tribunal de
grande instance de Coutances dans un jugement du 20 août dernier.
Mais ce n'est pas tout. Les tribunaux
administratifs de Caen et Nantes, saisis par les préfets de la Manche
et de la Mayenne ainsi que par RTE, doivent encore examiner les
affaires d'arrêtés « anti-THT » pris par un certain
nombre de maires de communes appelées à être traversées par la
ligne. Ce qui, là encore, pèsera sur le calendrier du projet,
surtout si les élus obtiennent gain de cause.
Enfin, une proposition de loi de Guénhaël
Huet, député (UMP) d'Avranches et Yannick Favennec, député (UMP)
de la Mayenne pourrait, si elle est votée, faire des lignes THT des
installations classées. Avec à la clé des enquêtes préalables et
des études d’impact renforcées, elles aussi gourmandes en temps.
Dans ces conditions, autant profiter du retard pour s'épargner les
inconvénients de la THT aérienne sur la santé, l'économie et le
tourisme, en mettant à profit ce délai supplémentaire. RTE
disposerait alors du temps nécessaire à l'enfouissement de la ligne.
Et du même coup, le problème central des effets sur la santé
humaine et animale des courants dits « vagabonds » générés
par la très haute tension serait réglé. Quant à nos paysages,
cette solution leur épargnerait d'être durablement balafrés. Le jeu
en vaut certainement la chandelle.
Fabrice Constensoux
Repères
Proposition
de loi
La proposition de loi sur la THT élaborée
par les députés Guénhaél Huet et Yannick Favennec obligerait d'ici
la fin de l'année 2012 d'enfouir 30% des lignes électriques à haute
et très haute tension. Cependant, Guénhaël Huet estime que "la
part des lignes enfouies pourrait augmenter progressivement au fil
du temps".
Commission
d'enquête
La commission d'enquête qui pourrait rendre
son rapport à la mi-octobre est présidée par Bruno Boussion,
expert agricole et foncier. Ses membres sont : Jean-Pierre Authier,
Sarah Bandecchi, Nicole Berthou, Michel Boutruche, Daniel Faysse et Gérard
Marie. Le membre suppléant est Daniel Huet.
Registre
citoyen
Selon la coordination interrégionale
Stop-THT, l'enquête publique, pour les promoteurs de la ligne, est
une simple formalité qui doit clore la procédure de demande de déclaration
d'utilité publique. C'est pourquoi elle a préféré mettre à
disposition du public dans toutes les communes appelées à être
traversées par la THT un « registre citoyen et solidaire ».
Précaution
Dans le sud-Manche, les élus du canton de
Saint-Pois réunis dans l'association "notre canton sans
THT" ont demandé au ministre de la santé de durcir les niveaux
maxima d'exposition aux champs électromagnétiques définis par la
Commission internationale pour la protection contre les rayonnements
non ionisants et d'appliquer le principe de précaution.
La Manche libre, le 3/10/2009
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