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"" citation d une histoire pas si lointaine vous jugerez.
il convient de se rapporter au parcours remarquable de ""Respecter
le Bocage ""qui a des positions tenues depuis des annees et qui sont
en passe de se voir realisées.
""Respecter le Bocage ""site un peu trop statique mais
fort informatif link
pour rentrer en contact link

RÉSISTONS !"" citation d
une histoire pas si lointaine vous jugerez..../...
Description
A force, on s’y habitue et c’est
à peine si on voit encore dans le paysage ces lignes jalonnées de pylônes
immenses qui transportent l’électricité à 400 000 volts sur des centaines
de kilomètres.
Pourtant, ceux qui vivent dessous ne s’y habituent pas. Surtout lorsqu’ils
sont éleveurs, et qu’ils constatent des problèmes sanitaires en série chez
leurs animaux dès lors que ces lignes THT (très haute tension) sont installées.
Depuis de longues années, un certain nombre d’entre eux protestent ; des
recherches sont menées, rarement concluantes, souvent abandonnées. Lorsqu’on
soupçonne un risque potentiel, en France, que fait-on ?
Invités
 | Serge Provost, agriculteur |
 | Anne Georgeot, agricultrice |
 | François Dufour, de la Confédération Paysanne |
 | Mickaël Marie, de l’association Agir pour
l’Environnement |
 | Jean-Bernard Mabilais, membre de la Commission Particulière
du Débat Public consacré à la ligne THT Maine-Cotentin |
ou se renseigner ? ->
Liens
Et aussi 4 émissions de "Terre à terre"
sur France Culture le samedi de 7h05 à 8h, écoutable sur le web pendant une
semaine après leur diffusion à l’antenne.
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05 Novembre 2005 Très Haute Tension
Ecouter
sur le site France Culture A force, on s’y habitue et c’est à peine
si on voit encore dans le paysage ces lignes jalonnées de pylônes immenses
qui transportent l’électricité à 400 000 volts sur des centaines de kilomètres.
Pourtant, ceux qui vivent dessous ne s’y habituent pas. Surtout lorsqu’ils
sont éleveurs, et qu’ils constatent des problèmes sanitaires en série
chez leurs animaux dès lors que ces lignes THT (très haute tension) sont
installées. Depuis de longues années, un certain nombre d’entre eux
protestent ; des recherches sont menées, rarement concluantes, souvent
abandonnées. Lorsqu’on soupçonne un risque potentiel, en France, que
fait-on ? Avec : Serge Provost et Anne Georgeot, agriculteurs ;
François Dufour, de la Confédération Paysanne ; Mickaël Marie, de
l’association Agir pour l’Environnement et Jean-Bernard Mabilais, membre
de la Commission Particulière du Débat Public consacré à la ligne THT
Maine-Cotentin
Feuilleton EPRParce que le gouvernement met plus d’ardeur à imposer
le réacteur nucléaire connu sous le sigle « EPR » qu’à sortir des limbes
le projets de loi sur la transparence nucléaire, parce que son implantation à
Flamanville dans la Manche doit faire l’objet de deux consultations, nous vous
proposons, sous forme de feuilleton, des informations sur ce projet. De plus, la
réglementation française imposant que toute nouvelle pratique induisant une
exposition aux rayonnements ionisants soit justifiée par son intérêt économique
et social, nous allons tenter de rechercher l’utilité de l’EPR.
1.
Ensemble
Pour le Réacteur
2.
Encore
Plus Rassurant
3.
Electeurs
Parfaitement Représentés
4.
Emplois
Pour la Région
5.
Evitons
le Péril du Réchauffement
6.
Exportons
la Production du Réacteur
7.
Erigeons
des Pylônes Remarquables
8.
Epilogue
: notre Position sur le Réacteur
Ensemble Pour le Réacteur
ACROnique du nucléaire n°68,
mars 2005
AU NOM DE L’E.P.R., DU FRIC ET DE L’ESPRIT
SAIN ?
Tombé du ciel
Le choix de Flamanville qui a finalement été retenu pour l’implantation de
l’E.P.R. (European Pressurized Reactor) a fait déborder d’enthousiasme et
de frénésie une marmite d’élus en effervescence depuis quelques temps.
L’unité artificielle des élus de tous bords, excepté des Verts (cf. « la
Manche Libre et la tête de J-F. Legrand » du 01/10/04) a été déterminante
pour faire pencher le fléau de la balance vers la pointe de la Hague sud.
C’est un argument de façade et nous découvrirons peut-être plus tard
d’autres raisons qui ne sont pas présentables actuellement.
En tout état de cause, le choix s’est fait sans débat autour d’un
argumentaire solide et contradictoire. Il n’y a pas eu de consultation
publique à l’échelle nationale. La Ministre de l’Industrie de l’époque,
Nicole Fontaine annonce le choix de l’E.P.R. en plein débat sur l’avenir énergétique,
ce qui décrédibilise ce dernier ainsi que ceux qui l’ont initié. La
dissimulation aux parlementaires d’un rapport de la DGSNR (Direction Générale
de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection) sur l’E.P.R. (cf. journal
« le Monde » du 21/10/01) est encore un acte de cette comédie dont le vrai scénario
s’écrit et se joue en dehors de la scène publique.
Au niveau local, tout le monde politique en appelle à l’E.P.R. sans présenter
le moindre argument technique. Ce n’est absolument pas cela qui est avancé,
on ne s’embarrasse pas du dossier. Les consultations locales se résument à
quelques micro trottoirs : « c’est bien pour les jeunes » dit le boucher sur
le marché. « C’est positif pour la région, par les temps qui courent… »
ajoute un maire d’une commune limitrophe (cf. « la Presse de la Manche » du
21/10/04). Les avis donnés ne concernent que l’emploi.
En effet, la nouvelle arrive comme un ballon d’oxygène dans un climat social
assez plombé. De nombreuses entreprises ont fermé leurs grilles ou sont
parties sous d’autres cieux. On en est là vingt ans seulement après les
grands chantiers porteurs pareillement de tous les espoirs. Il y a depuis, une
avancée du désert industriel dans la région (cf. le film documentaire de T.
Dunand et D. Guillemois : « Cotentin 1960-2000, une histoire industrielle »).
L’E.P.R., à n’en pas douter, n’est qu’un point d’eau dans ce désert,
point qui se tarira vite selon des sources prenant naissance à la Cogéma. Les
responsables des offices de tourisme vont devoir encore faire appel à toute
leur imagination et « ramer dur » pour donner une bonne image de la région.
La photo va être de plus en plus difficile à prendre si l’on veut éviter de
cadrer les sites nucléaires.
L’image d’une région et d’une population très hospitalières avec les
installations nucléaires sous toutes ses formes n’est pas bien assumée
quoiqu’en montrent les reportages de la presse locale. La violence avec
laquelle on brise les miroirs qui renvoient les images lorsqu’elles pointent
les risques potentiels liés à ces activités sont là pour nous le rappeler.
Que ce soit Greenpeace et le tuyau des Moulinets, le Pr. Viel et ses hypothèses
sur la santé, F. Zonabend et ses études sur la presqu’île qu’elle
attribue au nucléaire … entre autres exemples. Il reste donc à prouver que
les habitants du Nord-Cotentin, dans leur conviction silencieuse, soient très
fiers de cette couche que l’on rajoute à l’aire nucléaire locale.
(Re)Tombées du ciel !
Ah, les retombées financières !!! On va gagner des millions … Il va y avoir
de quoi générer du rêve, comme au loto. Mais « tout c’qui vyint d’fllot,
s’en r’va d’marée » (tout ce qui vient avec le flot, repart avec la marée
– expression normande). Là aussi, il y aura du désappointement. Il y a, en
effet, fort à parier que l’argent ira à l’argent. Des communes riches qui
ne savent pas quoi faire de leurs rentes (mais qui rechignent à la partager)
vont être encore plus riches. D’autres nouveaux riches ont dépensé sans
compter, comme des enfants gâtés et les retombées seront alors bienvenues et
tomberont pile dans les trous creusés ou à venir.
Socialement, les conséquences seront aussi incertaines et l’espoir créé
autour de ces emplois risque de n’être qu’illusion. Les entreprises chargées
de la construction, avec l’ouverture des marchés européens seront, pour une
bonne part, étrangères à la région. Une partie de l’EPR finlandais est
construite au Japon. Qu’en sera-t-il pour le réacteur normand ? L’emploi
technique spécifique au domaine nucléaire sera, lui, fourni par AREVA et
Siemens en régulant en interne ces emplois. Au delà des dividendes escomptées,
il y a déjà les 55 millions envolés pour le Conseil Général qui en a fait
don par l’exonération de la taxe professionnelle. Faire ce geste gracieux
pour que l’on installe des lignes et des pylônes à travers la campagne du département,
merci du cadeau. « EDF vous doit plus que la lumière », il y a aussi les fils
et les poteaux !
Tombés sur la tête
Si l’on aborde le sujet de l’environnement et de sa préservation, il est
intéressant d’introduire les éoliennes dans le débat. Les paradoxes et les
contrastes que l’on observe alors dans les discours nous laissent pantois et
cois ! On constate, d’une part, un engouement frénétique des élus pour
l’EPR et sa lignée à haute tension, un silence de la grande majorité de la
population sur ce sujet et par ailleurs une levée de boucliers de ces mêmes élus
bien souvent et d’une partie importante des riverains contre l’implantation
de parcs éoliens en mer ou sur la côte. Les nuisances sont mises en avant pour
refuser les moulins à vent. Une éolienne ça fait du bruit et ça gâche la
vue. Une usine nucléaire, les pylônes et les câbles sur des centaines de
kilomètres, ça ne se voit pas, ça ne s’entend pas … dans les discours.
Lorsque l’on fait part de cet oubli, il est parfois répondu « ah oui, mais
ça, c’est utile. Il en faut ».
Le parc éolien en mer, les pêcheurs n’en veulent pas. Une délégation d’élus
et de professionnels monte au ministère pour protester et des dizaines de
manifestants à chaque réunion font part de leur refus. Soit. Mais les rejets
en mer de la canalisation de la Hague, les rejets aériens que l’on retrouve
dans les ruisseaux et sur la côte, le tritium renvoyé devant Flamanville ? ? ?
Ni vu, ni connu. Silence sur les V.H.F. ! Le milieu maritime fait le dos rond et
les dauphins se réchauffent dans les eaux du cap, dans le meilleur des mondes.
Il est difficile de comprendre ce refus. L’acceptation des installations nucléaires
est assez bien cernée. Lorsque l’on pose le problème du danger, la réponse
est toujours décalée. On entend emploi, argent, économie. B. Cazeneuve, maire
de Cherbourg dit dans le film « Silence sur l’atome » de S. Tézé : « les
gens acceptent et n’ont pas peur car ils savent ce que c’est … ils vivent
tous les jours avec ». Les visites jusqu’en 2001 de l’usine Cogéma par les
familles a certes ouvert un univers qui leur était inconnu. Lorsqu’ils
racontent cette découverte, les visiteurs sont éblouis par cette vitrine qui
en met plein la vue. Mais trop de lumière aveugle et les connaissances réelles
sont réduites. La réalité du travail et des relations sociales est méconnue.
J. Aubert, dans le même film souligne que les personnels de l’usine de la
Hague ont deux vies distinctes : le travail et la vie domestique et qu’il y a
très peu d’interférences. Hors usine, ils ne parlent pas du travail.
Je pense qu’il y a donc plutôt un déni du risque et un refoulé nécessaire
pour vivre près des installations, comme le montre un paysan voisin des sites
de la Hague interrogé par le réalisateur de « Silence sur l’atome » … «
on n’y pense pas tous les jours au danger, sinon on s’en irait ». Le rejet
des éoliennes est difficile à saisir car il est sous-tendu certainement par
plusieurs motivations. Il y a bien sûr le refus classique des riverains. Mais
il trouve là une amplification qui les dépasse. Le terrain se prête à ce
refus. Les éoliennes, production énergétique alternative, sont peut-être
ressenties comme l’illustration d’une menace qui pèse sur le programme nucléaire,
en particulier le retraitement. Cela trouve une résonance spécifique pour bon
nombre du personnel de la Cogéma. Il n’y avait qu’à voir, lors d’un débat
à l’IUT de Cherbourg en 2004, quelle virulence - voire plus - déployaient
les représentants syndicaux de la Cogéma à l’encontre des programmes éoliens
et solaires. Les éoliennes, à leur vue, symbolisent « l’écolo » et sont
alors perçues comme une provocation sur les hauteurs d’une presqu’île qui
doit être vouée au nucléaire exclusivement.
Ces manifestations de refus sont aussi relayées par les élus, trop heureux
d’enfourcher ce cheval de bataille anti-écologiste. A la tête de
l’escadrille, on trouve le plus zélé d’entre tous : C. Gatignol, député
de Valognes. L’E.P.R. sous le bras, il pourfend, jusque dans les ministères,
les commissions à l’assemblée et les manifestations locales, ces éoliennes
sources de tous les maux et inutiles (cf. Ouest-France du 27/12/04). Selon lui,
l’ADEME (Agence de Maîtrise de l’énergie) « trompe les gens, propage de
fausses informations ». Il conclut « la France a-t-elle besoin d’énergie éolienne
? sans conteste non ! ». M. Gatignol en fait beaucoup. Ses revers électoraux
successifs ne semblent pas le faire douter… alors laissons-le en faire trop.
Ces prises de position contradictoires, de bonne et surtout de mauvaise foi,
sont l’illustration de ce qui se joue dans le Nord-Cotentin. Il serait peut-être
utile que des chercheurs étrangers à ce champ de bataille viennent lucidement
l’observer et essayer de comprendre car, sur place, nous sommes comme (des)
hagards, déboussolés, à la recherche du Nord.
Pierre
PARIS
Antenne ACRO Nord-Cotentin
Encore Plus Rassurant
ACROnique du nucléaire N°69 de
juin 2005
Les ministres successifs nous l’ont assuré, l’EPR est dix fois plus sûr
que les réacteurs actuels. Est-ce à dire que les réacteurs actuels ne sont
pas si sûrs ? « Même si la sûreté des réacteurs aujourd’hui en
exploitation en France est jugée satisfaisante, l’ASN considère que tout
projet de nouvelle génération de réacteur électronucléaire doit atteindre
un niveau de sûreté supérieur ». Pourquoi ? Dans sa fiche de présentation
du projet, dont est tirée cette citation, l’Autorité de Sûreté Nucléaire
(ASN) ne l’explique pas. Son Directeur, dans une lettre du 28 septembre 2004
adressée au PDG d’EdF, exige que « le risque de fusion du cœur [soit] réduit
de manière significative ». Pas simplement « amélioré ».
Pourquoi une telle exigence si les réacteurs actuels sont satisfaisants ? Ces
documents, disponibles sur le site Internet de l’ASN,
ne contiennent pas la réponse.
L’explication vient de calculs faits dans les années 90 par l’IPSN
(Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire, l’ancêtre de l’IRSN) sur
la probabilité de l’occurrence d’un accident grave comme à Tchernobyl ou
Three Miles Island. Ces études ont abouti à l’évaluation qu’il y a une
chance sur 100.000 environ qu’un accident de fusion du cœur dû à des défaillances
internes ait lieu. Ce chiffre est par réacteur et par an. Si on multiplie par
50 réacteurs fonctionnant pendant 40 ans, on arrive à quelques pourcents de
chance, ce qui n’est pas anodin. Evidemment, ce chiffre évolue avec l’âge
du réacteur et l’on ne peut pas multiplier par le nombre d’années aussi
simplement. Mais, les corrections apportées par EdF pour réduire cette
probabilité n’ont pas réussi à contrecarrer la prise en compte d’autres
scénarios d’accident et le vieillissement des installations. Ainsi, la
probabilité d’occurrence d’une fusion du cœur n’aurait pas baissé
autant que l’on aurait pu l’espérer, selon la confidence d'un expert de
l’IRSN. Mais impossible d’avoir des chiffres plus précis, l’ASN ne
souhaitant pas communiquer sur un sujet pouvant « effrayer » les populations.
Ainsi, la règle fondamentale de sûreté impose les calculs probabilistes sans
donner de chiffres !
L’EPR 10 fois plus sûr signifie que la probabilité de l’occurrence d’une
fusion du cœur ne doit pas dépasser une chance sur 1.000.000 par réacteur et
par an. Il est louable de vouloir faire beaucoup mieux, mais la sûreté des
populations nécessite de considérer le parc nucléaire dans son ensemble. Pour
que la construction de l’EPR, complètement inutile d’un point de vue énergétique
car EdF est en surcapacité de production, contribue à une amélioration de la
sûreté des populations, il faudrait qu’elle s’accompagne de l’arrêt des
réacteurs les plus dangereux.
Il est regrettable de réduire à un simple slogan la sûreté des réacteurs.
Si les promoteurs de l’EPR veulent convaincre de l’intérêt de leur réacteur
comme l’impose le principe de justification*, il faut qu’ils nous proposent
des scénarios globaux avec la publication de tous les chiffres concernant la sûreté.
C’est seulement dans ces conditions qu’un débat pourra avoir lieu.
De même, le fait que l'EPR ait un rendement supérieur au parc actuel et donc
produise relativement moins de déchets nucléaires n'a un intérêt que si les
réacteurs les plus anciens sont arrêtés. Dans la configuration actuellement
prévue, l'EPR ne fera qu'augmenter la production totale de ces déchets pour
lesquels aucune solution satisfaisante n'existe.
* Le principe de justification : La réglementation française impose que toute
nouvelle pratique induisant une exposition aux rayonnements ionisants soit
justifiée par son intérêt économique et social. Dit autrement, toute
nouvelle exposition n'est acceptable que si elle procure un bénéfice aux
personnes exposée ou à la société.

Electeurs Parfaitement Représentés
ACROnique du nucléaire N°69 de
juin 2005
Pour justifier la construction de l’EPR, comme l’impose la réglementation,
le gouvernement a organisé un Débat National sur les énergies. Mais,
contrairement aux attentes, les trois sages chargés de piloter le Débat
avaient conclu : « qu’il est difficile, […] de se faire une opinion
claire sur son degré de nécessité et d’urgence. [...] Il a semblé que si
le constructeur potentiel de l’EPR milite pour sa réalisation immédiate,
c’est avant tout pour des raisons économiques et de stratégie industrielle.
» Depuis, il n’y a pas eu de débat sur la politique industrielle de la
France. Et l’EPR est devenu officiellement un « démonstrateur » pour
pouvoir maintenir un savoir faire et « l’option nucléaire ouverte »
quand les centrales actuelles seront arrivées en bout de course. Deuxième
manque de chance pour la stratégie de communication des autorités, la Finlande
a commandé en décembre 2003 un réacteur EPR prétendument fiable qui va précéder
le « démonstrateur ». Bien qu'aucun argument justificatif supplémentaire
n'ait été apporté, les Députés ont voté, en première lecture en juin
2004, la loi sur l’énergie préconisant la construction du réacteur.
De plus, selon Le
Monde du 21 octobre 2004, « Alain Schmitt, directeur adjoint à la DGSNR
(direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, le
service du ministère de l'industrie qui joue le rôle de gendarme du nucléaire),
l'indique clairement : "Le gouvernement voulait que l'examen de la loi au
Parlement ait lieu avant que nous publiions notre prise de position."
Ainsi, la position prise par la DGSNR sur la sûreté d'un nouveau réacteur EPR
a été cachée aux députés qui examinaient, au printemps [2004], le projet de
loi sur l'énergie. Un des principaux sujets de cette loi était le lancement du
réacteur EPR. » Et d’ajouter que « la discussion parlementaire s'est
déroulée en mai sans que les députés aient d'autres éléments techniques
sur le réacteur que des éléments généraux et tous favorables. Le "débat
sur l'énergie", qu'avait lancé en 2003 la ministre de l'industrie
d'alors, Nicole Fontaine, avait été mené sans dossier précis sur l'EPR. Or
le document que publie la DGSRN avait été établi en octobre 2000 lors de
l'assemblée plénière du groupe permanent d'experts sur les réacteurs. »
C’est en octobre 2004 qu’EdF annonce avoir choisi la Normandie d’en Bas
contre la Normandie d’en Haut pour l’implantation du réacteur. Elle a par
ailleurs, saisi la Commission Nationale de Débat Public (CNDP) qui a, dans son
avis du 1er décembre 2004, décidé qu’elle organisera un débat, «
considérant que le débat national sur les énergies organisé par le
Gouvernement au 1er semestre 2003 et les avis du Comités des Sages qui l’ont
conclu ont fait apparaître une controverse sur le projet de réacteur de type
EPR ; que le débat public a précisément pour but, non de trancher une
controverse, mais d’approfondir et d’en éclairer les termes, après avoir
assuré l’information et l’expression du public ». (Voir http://www.debatpublic.fr/)
Elle a de plus considéré « certes que la loi d’orientation sur l’énergie,
votée en première lecture en juin 2004 arrête les principes fondamentaux en
la matière ; que cependant elle renvoie pour leur mise en œuvre à une
programmation pluriannuelle des investissements dont la date d’approbation est
à la discrétion du Gouvernement ; qu’ainsi le débat public est en mesure
d’éclairer préalablement la décision d’investissement. »
Dans la nuit du 29 au 30 mars, les députés ont voté en deuxième lecture le
projet de loi sur l’énergie qui, selon l’AFP, « donne le feu vert au
lancement du réacteur nucléaire de 3e génération, EPR ». L’article
1er ter stipule que « le deuxième axe de la politique énergétique est de
diversifier le futur bouquet énergétique de la France. […] L'Etat se fixe
donc trois priorités. La première est de maintenir l'option nucléaire ouverte
à l'horizon 2020. […] L'Etat appuie donc les démarches d'Electricité de
France visant à construire un réacteur européen à eau pressurisée : l'EPR.
» Les députés n’ont donc pas besoin d’être « éclairés » par le débat
supposé avoir assuré « l’expression du public ». Leur dévotion au projet
va jusqu’au soutien public. En effet, l’article 1er quater stipule que « la
politique de recherche doit permettre à la France d'ici 2015, d'une part, de
conserver sa position de premier plan dans le domaine de l'énergie nucléaire
et du pétrole et, d'autre part, d'en acquérir une dans de nouveaux domaines en
poursuivant les objectifs suivants : […]
- le soutien à l'industrie nucléaire nationale pour la mise
au point et le perfectionnement du démonstrateur EPR, en particulier dans le
domaine des combustibles nucléaires innovants. »
Ce texte a été remanié depuis par le Sénat, sans rien changé sur le fond
pour l'EPR. Pendant ce temps, le projet de loi sur la transparence nucléaire
s’est perdu dans les méandres du pouvoir.

Emplois Pour la Région
ACROnique du nucléaire N°69 de
juin 2005
Dans « Reflets » n°51 daté de mars-avril 2005, le magazine de la région
Basse-Normandie, il est écrit sous le titre évocateur « Méga chantier » :
« EDF choisit le site de Flamanville pour la construction, à partir de
2007, du premier EPR (European Pressurized water reactor), réacteur nucléaire
de 3ième génération destiné à remplacer les 58 autres actuellement en
production en France. D’une durée de 6 ans et d’un coût de 3 milliards
d’euros, ce chantier devrait générer près de 2000 emplois sur la période
». Notre épisode sur la sûreté aurait fait mouche et EDF s’apprêterait-elle
à fermer ses 58 réacteurs ? Non ! C’est plutôt que les élus locaux rêvent
déjà d’autres tranches dans l’avenir, en remplacement des réacteurs
actuels, avec l’emploi comme dernier argument. Mais, en service, ce prototype
nucléaire n’emploierait plus que près de 400 personnes.
Ce qui se passe en Finlande est instructif car l’on a en quelque sorte un « démonstrateur
de démonstrateur » ! Or, le conglomérat japonais, Mitsubishi Heavy
Industries, a annoncé le 18 mars 2004 qu’il fournirait la cuve du réacteur
(Genshiryoku Sangyou Shimbun, 25 mars 2004). Les travaux ont commencé à Kobé
au Japon et la cuve devrait être livrée fin 2006. Quant aux générateurs de
vapeur, ils sont aussi en cours de construction… au Japon par Japan Steel
Works ! (Nucleonics
Week, 18.11.2004) Ainsi les éléments clés du fleuron de la technologie
française seront fabriqués au Japon car il n’y a plus la capacité
industrielle en France. Dommage qu’un débat sur la politique industrielle
n’ait pas eu lieu ! En sera-t-il de même pour l'EPR normand s'il est onfirmé
? Selon l'usine nouvelle (26 mai 2005), il faudra plusieurs années de recherche
pour mettre au point les capacités de production en France, car les concepteurs
du projet EPR ne se sont pas attardés sur les questions de faisabilité
industrielle. Un tel investissement ne peut être rentable que si le carnet de
commande était plein, ce qui n'est pas le cas, même si les industriels rèvent
tout haut de s'équiper pour contruire 50 réacteurs de par le monde avec le
soutien de l'Etat.
Ce n’est donc pas très glorieux en termes d’emplois. Comme 2000 personnes
à 2000€/mois pendant six ans coûtent (en multipliant par 2 pour tenir compte
des charges) environ 500 millions d’euros, soit moins de 20% de que ce devrait
coûter la construction de l’EPR, il doit sûrement y avoir une meilleure façon
de créer des emplois avec 3 milliards d’euros. A titre de comparaison, le
dossier de candidature de Paris au JO fait apparaître 43000 emplois pérennes
créés pour 4,2 millions d’euros d’investissement supplémentaires à ceux
déjà prévus de toutes façons par la mairie ! (Capital, avril 2005) Dans l’étude
commandée par Greenpeace, « Eole ou pluton », le cabinet d’étude « Détente
» étudie le cas d’école où cette somme était investie entièrement dans
l’éolien et montre que cela produirait beaucoup plus d’emplois et d’énergie
! Bien entendu, un scénario plus intéressant serait d’investir cette somme
dans des actions variées incluant les économies d’énergie pour lesquelles
il y a un potentiel immense. En Allemagne, c’est l’emploi qui a été
l’argument décisif pour ne pas renouveler le parc nucléaire…

Evitons le Péril du Réchauffement
ACROnique du nucléaire N°70 de
septembre 2005
C’est une ritournelle classique : nous n’aurions le choix qu’entre les
risques associés au nucléaire et le péril du réchauffement climatique.
C’est en tout cas la conclusion que Nicole Fontaine, alors Ministre de
l’Industrie, a tirée du débat sur l’énergie qu’elle a organisé en 2003
: « c’est bien entre [ces] deux inconvénients qu’il nous faudra choisir
».
Les chiffres donnés par Benjamin Dessus et Hélène Gassin dans leur livre «
So Watt ? » paru cette année aux éditions de l’Aube permettent de se
sortir de cette « alternative infernale » : « Le secteur de la production
mondiale d’électricité repose aujourd’hui à 65% sur les énergies
fossiles (en particulier le charbon), 17% sur le nucléaire et 18% sur les énergies
renouvelables. Il contribue à 40% des émissions de gaz carbonique (CO2) du
système énergétique et autour de 20% des émissions totales de gaz à effet
de serre mondiales ». Le « recours systématique au nucléaire pour
toute installation nouvelle ou pour le renouvellement des centrales à charbon
ou au gaz en fin de vie conduirait, compte tenu des prévisions d’augmentation
des besoins d’électricité (un doublement d’ici 2030 selon l’Agence
internationale de l’énergie), à construire chaque année l’équivalent du
parc nucléaire mondial actuel, 400 centrales environ, plus d’une par jour. »
Il apparaît donc que le développement du nucléaire ne permet pas d’échapper
à une politique volontariste de réduction des gaz à effet de serre.
Serions-nous donc condamnés au nucléaire et à l’effet de serre ?
Un débat sur l’énergie ne peut pas être limité aux moyens de production.
En effet, avant de choisir entre deux « inconvénients », une réflexion
s’impose sur l’utilisation de cette énergie. Et là, un consensus apparaît
sur la nécessité de limiter notre consommation. Le premier des trois axes
principaux de la politique énergétique présentée dans le livre blanc sur les
énergies du Ministère de l’Industrie (7 novembre 2003) précise que « la
politique de l’énergie doit d’abord s’appuyer sur la relance d’une véritable
politique de maîtrise et d’efficacité énergétiques ». Mais, cette
politique se limite actuellement à des incitations fiscales totalement
insuffisantes devant l’enjeu. Le scénario Négawatt pour un avenir énergétique
sobre, efficace et renouvelable (http://www.negawatt.org/)
montre, sur la base des technologies actuelles, qu’il serait possible de
diviser par 2 environ la demande d’ici 2050 par rapport à un scénario qui
prolonge la tendance actuelle. Cela revient à stabiliser la consommation au
niveau de 1994. En Europe, d’autres études similaires sont arrivées à des
conclusions proches. Mais il y a urgence à agir de façon énergique ! Certains
choix structurels, comme l’EPR, pourraient tuer cette volonté de réduire
notre consommation d’énergie en servant d’alibi.
L’argument « EPR=Evitons la Pénurie des Ressources » d’hydrocarbure n’a
jamais été évoqué par les promoteurs du réacteur. C’est symptomatique
d’une volonté de donner une image d’abondance et d’énergie « propre
» au nucléaire, à l’encontre d’une politique efficace d’économie
d’énergie. Rassurés, les consommateurs peuvent continuer à consommer sans
vergogne pour soutenir la croissance. Combien de fois avons-nous entendu que grâce
à ses 80% d’électricité d’origine nucléaire, la France était «
vertueuse » ? La construction de l’EPR constitue donc un frein à une véritable
politique énergétique. De plus, l’investissement colossal qu’il représente
pourrait faire économiser beaucoup plus d’énergie que sa production, si cet
argent était investi dans des mesures d’économie, qui, elles, créeraient
des emplois…
Le réchauffement climatique est une aubaine pour l’industrie nucléaire qui a
trouvé là un moyen de « verdir » l’image d’une activité à
risque. Dans le cahier collectif d’acteurs du débat public, les
administrations expliquent que « grâce à la part prédominante du nucléaire,
filière non émettrice en CO2, le contenu en CO2 de l’électricité produite
en France est d’environ 20 g de carbone émis par kWh, à comparer à 134 g
pour l’Allemagne, 115 g pour l’Espagne ou 82 g pour la Belgique ».
Soit, mais l’électricité nucléaire ne représente que 17% de l’énergie
finale, comme le rappelle Global Chance dans ce même cahier. Ce sont les
transports qui y contribuent le plus. Il est donc réducteur, voire malhonnête
de la part des administrations, de ne considérer que l’électricité. D’un
point de vue éthique, ce sont les émissions de CO2 par habitant qui sont à
comparer entre pays. Le protocole de Kyoto sur les changements climatiques,
impose que les émissions globales ne dépassent pas un niveau donné. On attend
donc d’une administration qu’elle présente des chiffres globaux avec un scénario
avec EPR et un sans EPR et en prenant en compte la pénurie de pétrole bon
marché.

Exportons la Production du Réacteur
ACROnique du nucléaire N°70 de
septembre 2005
Toutes les citations et les chiffres de cet épisode sont tirés du cahier
collectif d’acteurs publié pour le débat sur l’EPR. Et disponible sur son
site Internet.
Selon les chiffres officiels de l’administration, en 2004, 78% de l’électricité
produite en France était d’origine nucléaire. 11,3% de cette électricité a
été exportée. D’un point de vue énergétique, il est inutile de construire
un nouveau réacteur dont la production sera exportée, mais pas les déchets.
D’autant plus que la France s’est engagée à produire 21% de son électricité
à partir d’énergies renouvelables d’ici 2010 et à promouvoir les économies
d’énergie. Et, dans un contexte de libéralisation du marché de l’électricité,
la part produite par EdF pour le marché national ne peut que diminuer.
L’enjeu est plutôt d’ordre industriel, car dans une logique purement énergétique,
il serait plus économique de construire un réacteur éprouvé du « palier N4
», comme il en existe déjà 4 en France, donnant officiellement «
satisfaction ». L’EPR à Flamanville a donc pour but officiel de tester
ses capacités pour pouvoir, en 2015, décider du renouvellement du parc actuel
et aussi offrir une vitrine à l’exportation. Pour faire ses calculs de coûts,
l’administration se base sur une série de 10 réacteurs EPR, d’où le terme
« tête de série » donné au réacteur et certains promoteurs rêvent
tout haut dans la presse d’en exporter 50… Notons qu’historiquement les
exportations françaises de réacteurs sont inférieures à 10 unités car les
pays hôtes préfèrent développer une compétence nationale. Si le contexte était
si favorable, comment expliquer que BNFL, le concurrent britannique d’AREVA
veuille vendre sa filiale Westinghouse ? Pour la SFEN (Société Française
d’Energie Nucléaire), « cela renforcera les chances de la France de nouer
des partenariats commerciaux sur ce marché concurrentiel et confortera sa
position de leader dans un des rares secteurs de haute technologie où elle fait
la course en tête ». Cocorico. Aller chercher le nationalisme, c’est
bien la preuve que l’EPR manque d’arguments convaincants.
Le ministère de l’industrie admet que le nucléaire est « le plus compétitif
pour une production en base, c’est-à-dire une production constante tout au
long de l’année ». Soit de l’ordre de 50% de la consommation d’électricité,
et donc moins que les 78% actuels. Selon Global Chance, « l’analyse
d’une large fourchette de scénarios d’évolution des besoins d’électricité
en France montre que l’échéance raisonnable d’introduction de moyens de
production de base ou de semi-base dans le parc de production électrique se
situe dans la période 2026-2033 et non pas 2015-2020 comme l’affirment les
partisans de l’EPR. » Et donc, il n’y a aucune urgence à construire
l’EPR. C’est confirmé par l’association « Sauvons le Climat », animée
par des physiciens nucléaires, pour qui « la réalisation de l’EPR
permettrait d’arrêter, avec un peu d’avance, un ou deux des plus anciens réacteurs
français ou, plus probablement, de ne les faire produire qu’en hiver ».
Etant donné le coût d’une telle hypothèse, il est peu probable qu’EdF la
retienne. La production électrique de l’EPR est donc pour l’exportation.
L’EPR servirait de « vitrine à l’exportation », mais il n’y a
pas eu besoin de vitrine pour en vendre un à la Finlande. Face au coût
exorbitant du « prototype » et aux risques encourus, il devrait être
possible de monter une collaboration poussée avec la Finlande pour profiter de
son retour d’expérience. Pour AREVA, « en l’absence de nouvelles
commandes, l’ingénierie française serait privée de la taille critique, des
moyens et des motivations nécessaires pour maintenir notre supériorité
technologique ». Alors pourquoi sous-traiter au Japon la construction des
éléments les plus techniques du réacteur finlandais, si « les équipes se
dispersent, les savoir-faire s’estompent, les expériences acquises se diluent
» comme le proclame la SFEN ? Les arguments avancés sont peu convaincants.
Ce qui est sûr, c’est que l’EPR à Flamanville va renforcer la dépendance
d’une région à une quasi mono-industrie et va à l’encontre de la volonté
affichée par les autorités de diversifier les moyens de production de l’électricité.

Erigeons des Pylônes Remarquables
ACROnique du nucléaire N°70 de septembre 2005
« Accepteriez-vous de vivre dans une maison sous une ligne Très Haute
Tension ? » Voilà la question de confiance posée à Jean Bizet, sénateur
de la Manche, par un participant au colloque « Quels impacts des lignes électriques
Très Haute Tension ? » organisé à St-Lô le 28 mai dernier par la Confédération
Paysanne. « Oui, si ma maison est survolée » a répondu le sénateur.
On aura compris que la maison de Jean Bizet doit actuellement être épargnée
par les couloirs de lignes et c’est tant mieux pour la famille Bizet et éventuellement
ses animaux. En Effet, même dévoué à la cause nucléaire, comment nier
plus longtemps les effets des lignes Très Haute Tension (THT) et, plus
largement, des champs électromagnétiques ?
Construire un EPR à Flamanville, soit, mais comme la consommation d’électricité
n’est pas locale, il faut bien évacuer le courant produit. C’est la tâche
du Réseau de Transport d’Electricité (RTE). Pour cela, il sera nécessaire
de construire un couloir de lignes THT sur une longueur de 150 à 200 kilomètres.
Un pylône tous les 500 m environ, 80 m d’emprise au sol [1]. Quand on sait
qu’à 500 m d’une THT des effets peuvent être induits, c’est entre 15 000
et 20 000 hectares qui peuvent être touchés par ce couloir de ligne supplémentaire.
D’un coût estimé entre 180 et 220 millions d’euros (estimation basse car
on évoque déjà une majoration de 20 à 30 %), ce projet doit faire l’objet
d’un débat public… ultérieur à la décision gouvernementale. Oublions un
instant ces curiosités chronologiques et l’impact de 300 ou 400 pylônes dans
le paysage pour s’intéresser à la partie la moins visible, à savoir les
champs électromagnétiques.
Tant qu’on reste faiblement exposé à des champs électromagnétiques, il est
assez aisé d’en parler avec distance, voire même un certain détachement.
Les choses se gâtent lorsqu’une ligne THT bien réelle survole votre ferme et
vos animaux.
1989 – St-Laurent de Terregatte, sud Manche : Serge Provost [2] et son fils
sont producteurs de lait avec 70 vaches laitières. Leur exploitation est survolée
par une ligne THT (2 x 400 000 volts depuis 1992) qui transporte le courant
produit à la centrale de Flamanville (120 kilomètres au nord) vers les départements
voisins. 4 mois après la mise sous tension de la ligne, M. Provost rencontre
des problèmes avec ses animaux : induration des mamelles, taux de leucocytes élevés,
12 avortements spontanés, sans cause apparentes survenus entre 4 et 6 mois de
gestation. Les analyses sanguines des animaux révèlent un excès d’urée ou
de phosphore et un manque de cuivre. Débute alors un marathon judiciaire qui
durera plus de 10 ans pour aboutir à ce que M. Provost et son fils abandonnent
leur métier et leur troupeau. Dans l’entre-fait, Serge Provost aura beaucoup
appris sur les champs électromagnétiques et sur les méthodes d’EDF qui
n’hésita pas à couper le courant dans la ligne le jour d’une expertise
judiciaire !
Le cas des Provost n’est hélas pas un cas isolé. Les géobiologues qui
interviennent sur des exploitations agricoles d’élevage en savent quelque
chose [3]. Les animaux sont beaucoup plus sensibles que les êtres humains à
l’exposition aux champs électrique et magnétique (voir encadré en fin
d'article).
Le développement de l’électricité a engendré un quadrillage du territoire.
Outre les pertes du réseau, la mise à la terre des différentes installations
(lignes MT, THT, transformateurs, antenne de téléphonie mobile…) peut générer
des courants vagabonds. Suivant la configuration du terrain qu’ils traversent
(fissures ou failles géologiques, cours d’eau souterrains…), ces courants
vont être potentialisés. Si une habitation ou des bâtiments d’élevage se
trouvent sur leur parcours, des répercussions peuvent avoir lieu. La mise à la
terre des installations agricoles chère au Sénateur Bizet ne règle pas tous
les problèmes. Des études géobiologiques au cas par cas sont nécessaires. A
proximité d’une THT (jusqu’à 500 m), des courants peuvent être induits
[4] dans les tubulures d’une salle de traite par exemple. A partir de 6
milliampères, des baisses de production et des pathologies apparaissent chez
les bovins et ovins [5]. Les effets des champs électromagnétiques ne sont pas
réservés aux seuls animaux d’élevage mais peuvent affecter les êtres
humains agriculteurs ou pas (maux de tête à répétition, perte de sommeil, dépression,
cancer du sein, leucémie…).
« Toutes les choses sont dites ». Pour Pierre Le Ruz, docteur en physiologie,
directeur de recherches et expert européen des champs électromagnétiques, et
son confrère Roger Santini, les effets des champs électromagnétiques sont
connus et ne peuvent être tus plus longtemps. Ces chercheurs alertent, avec
d’autres scientifiques depuis 1992 [6], sur la dangerosité des champs électromagnétiques
d’Extrêmement Basse Fréquence (EBF [7]), en particulier sur l’augmentation
du risque de leucémie chez l’enfant exposé à ces champs. Mais… tout le
monde n’est pas de cet avis.
Le lecteur un peu familier des sujets traitant du nucléaire et de la santé des
populations aura sans doute noté la ressemblance des termes « champs
d’Extrêmement Basse Fréquence » et les « faibles doses des
rayonnements ionisants ». Nous allons le voir, la ressemblance ne s’arrête
pas là. Dans le milieu nucléaire, si les effets des faibles doses et le
principe de linéarité sans seuil [8] sont admis par la plupart des instances
internationales, ils demeurent des sujets controversés. Quelques professeurs de
haut vol, membres des académies de Médecine ou des Sciences de surcroît, remettent
en cause ce principe de linéarité sans seuil. Georges Charpak, Maurice
Tubiana, André Aurengo sont de ceux-là. Si seulement nous pouvions
admettre que les faibles doses radioactives sont absolument sans effet,
l’avenir serait radieux à l’ombre des installations nucléaires ! Pour les
exploitants tout d’abord. Mais ce n’est pas le cas. Président de la
commission qui porte son nom, chargée de faire la lumière sur les conséquences
des retombées du nuage de Tchernobyl en France, André Aurengo fait également
partie d’un groupe d’experts [9] rattaché au Conseil Supérieur d’Hygiène
de Publique de France qui a remis le 8 novembre 2004 à la Direction Générale
de la Santé (DGS) un rapport sur les extrêmement basses fréquences (EBF).
Dans leur rapport à la DGS, le groupe d’experts indique que l’implication
des champs électriques EBF dans le risque de cancer a été écartée car,
selon eux : « les champs électriques EBF sont atténués par les
parois des habitations et par la peau. Ils ont été peu étudiés. La quasi
totalité des études les concernant sont négatives ». Pierre Le Ruz et
Roger Santini [10] n’ont pas manqué de réagir en soulignant «
l’existence d’incohérences, d’insuffisances et d’omissions » du
rapport remis à la DGS. Outre le fait, omis par les auteurs du rapport, que les
enfants sont exposés à des champs présents dans leur environnement (électroménagers,
appareils électriques…), des études scientifiques montrent que dès 10
V/m, le champ électrique EBF augmente significativement le risque de leucémie
chez l’enfant. Chez l’adulte, le champ électrique EBF augmente aussi de façon
significative le risque de leucémie, dès une moyenne annuelle, de 345 V/m et
le risque de tumeur du cerveau chez les travailleurs d’EDF dès une moyenne
annuelle de 387 V/m. De plus, dans les études citées par R. Santini et P. Le
Ruz, l’existence d’une relation de type dose-effet [11], établie ou
probable, est rapportée pour le champ électrique EBF. Il serait trop long ici
de détailler le manque de rigueur du rapport à la DGS. On peut toutefois préciser
que, contrairement à ce que le rapport affirme, des études présentent les mécanismes
permettant d’expliquer les effets cancérogènes des extrêmement basses fréquences.
Forts du résultat de ces études, Santini et Le Ruz affirment qu’il n’est
plus acceptable que des enfants et des adultes continuent d’être exposés à
des champs électriques d’Extrêmement Basse Fréquence supérieurs à 10V/m
et ou à des champs d’induction magnétique EBF supérieurs à 0,2 microTesla.
Qu’en est-il des normes actuelles ? En l’absence de la preuve de
l’innocuité des champs électromagnétiques, on pourrait imaginer que le
principe de précaution s’applique et que le parlementaire légifère en ce
sens en prenant en compte les effets à long terme. Imaginons…
La recommandation du Conseil de l’Europe indique une valeur de 100 microTeslas
[12] pour le public afin d’éviter tout effet nocif pour le système nerveux
central [13]. C’est celle retenue par les parlementaires français. Les normes
européennes et françaises sont plus sévères pour la protection des matériels
(de l’ordre de 0,5 microTesla pour un ordinateur). Sans doute davantage pétris
de précaution, les parlementaires européens avaient décidé d’une limite à
0,25 microTesla pour le public. En juillet 2001, l’OMS a classé les champs
magnétiques 50/60Hz dans le groupe 2b « cancérogènes possible pour
l’homme » en raison du risque statistique de leucémie pour l’enfant
exposé à un champ supérieur à 0,4 microTesla.
On aimerait volontiers afficher l’absence d’hésitation du sénateur Bizet
à la question de vivre ou non sous une ligne très haute tension. Cependant,
trop d’éléments invitent à relativiser les propos les plus optimistes. Du côté
des experts et des académies, les errements du passé (amiante, dioxines) ou
les approximations du présent (OGM) invitent là encore à prendre leur avis et
leur indépendance avec précaution. Pour imposer l’EPR, il aura d’abord
fallu enterrer les conclusions du Débat National sur les énergies sensé
donner de la pluralité et de l’ouverture à un sujet qui en manque. Le
corollaire de l’EPR - le couloir de lignes THT- présente lui aussi des
risques qui ne peuvent rester cantonnés éternellement hors du champ des préoccupations
de santé publique.
Grégory
Grisel
Antenne Nord-Cotentin
(1) …et 2874 euros par pylône et par an de taxe versée aux
communes. Quant aux postes électriques (zone de séparation ou de regroupement
des lignes), c’est environ 250 000 euros que se partageront la commune, la
communauté de communes, le département et la région qui les « supportent ».
De quoi aiguiser les appétits.
(2) Serge Provost est par ailleurs cofondateur de
l’association « Animaux sous tension » (Animaux sous tension,
Kerangoarec, 29300 ARZANO).
(3) Voir en particulier le chapitre « Géobiologie et élevages
» rédigé par Luc Leroy, géobiologue, dans l’ouvrage collectif « la géobiologie
et vous – guide pratique – Apprendre à gérer l’harmonie ! »,
Editions Mosaïque.
(4) La fréquence des courants dont il est fait état ici est
de 50Hz. Les champs électriques et magnétiques à de fréquence plus élevée
(ordinateurs, téléphones portables…) sont également à considérer avec
attention en ce qui concerne leurs effets sur la santé.
(5) Certains pays (Québec, Canada) imposent des zones
d’exclusion d’exploitation agricoles sous les couloirs de lignes.
(6) La connaissance des effets des champs électromagnétiques
n’est pas nouvelle. Dès 1965, J-P. Maschi lance l’alerte d’un lien
possible entre sclérose en plaques et contrainte électromagnétique. Il fût
radié de l’Ordre des Médecins.
(7) Les EBF sont des fréquences inférieures à 1kiloHz (kHz)
soit 1000 Hz. Le courant électrique 50Hz entre dans cette catégorie.
(8) Le principe de linéarité sans seuil signifie que pour
toute dose absorbée, aussi petite soit-elle, il y a un effet biologique.
Quoique décriée, cette hypothèse pourrait être sous-estimée comme
l’indiquent de récents travaux portant sur l’effet « bystander ou
non-cible ». Voir le dossier « l’impact des faibles doses de radioactivité
sur l’organisme humain » ACROnique du Nucléaire n°69, juin 2005.
(9) Rapport à la DGS : A. Aurengo, J. Clavel, R. de Sèze, P.
Guénel, J. Joussot-Dubien, B. Veyret – « champs magnétiques d’extrêmement
basse fréquence et santé » - 8 novembre 2004, 61 pages.
(10) Extrêmement Basses Fréquences : commentaires sur le
rapport à la DGS d’un groupe d’experts rattachés au Conseil Supérieur
d’Hygiène Publique de France par Roger Santini et Pierre Le Ruz, 21 mai 2005.
(11) Relation dose-effet : plus l’exposition (la dose, les
champs électromagnétiques dans le cas présent) augmente, plus les effets
augmentent (risque de cancer pas exemple). Cette relation peut être linéaire
ou pas, avec ou sans seuil.
(12) Recommandation du Conseil de l’Europe 12 juillet 1999
cité par P. Le Ruz.
(13) Guère mieux loti, le monde du travail voit s’appliquer
des valeurs de 10 kV/m pour le champ électrique et 500 microTeslas pour le
champ magnétique.
|
Le champ électrique : il est lié à la
tension, c’est-à-dire aux charges électriques. Il se mesure en volt
par mètre (V/m). Il diminue avec la distance. Toutes sortes d’obstacles
(arbres, cloisons…) peuvent le réduire, voire l’arrêter. Sous une
ligne THT, le champ électrique peut atteindre 3000 V/m.
Le champ magnétique : il est lié au mouvement des charges électriques,
c’est-à-dire au passage d’un courant. Lui aussi diminue rapidement en
fonction de la distance, mais aucun écran efficace et peu coûteux ne
peut agir comme protection. Il se mesure en Tesla (T) et généralement en
microTesla (µT). Une autre unité, le Gauss (G) est également employée
; 1 milliGauss (mG) = 0.1 µT
La combinaison de ces deux champs conduit à parler de champ « électromagnétique
». Tous les champs se caractérisent également par une fréquence,
c’est-à-dire un nombre d’oscillations dans un temps donné. Cette fréquence
se mesure en Hertz (Hz). Le réseau électrique fonctionne à la fréquence
de 50Hz.
Source : colloque « Quels impacts des lignes électriques très haute
tension ? » Confédération Paysanne, St-lô, 28 mai 2005 |
Epilogue :ACRO : notre Position sur le Réacteur
Nous vous invitons à lire,
en guise d'épilogue, notre contribution écrite au débat national concernant
le réacteur EPR. Cette contribution reprend certains points développés dans
ce feuilleton. Vous pouvez aussi consulter notre contribution au débat national
sur les déchets nucléaires.
• Contribution
de l'ACRO au débat sur l'EPR
• Contribution
de l'ACRO au débat sur les déchets nucléaires de haute activité et à vie
longue
Cahiers d acteurs
http://www.debatpublic-thtcotentin-maine.org/docs/pdf/comptes-rendus/thtcompterendu.pdf
|
Agriculteur du Sud Manche en guerre depuis quinze ans contre les pylônes
qui traversent son exploitation, Serge Provost a exprimé ses inquiétudes.
...
www.ouest-france.fr/dossiers/epr_detail.asp?IdArt=283099&IdThe=&IdCla=7756&NomCla=Actualit...
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Actualité
Paru dans l'édition du jeudi 23 février 2006
4 000 personnes ont participé aux débats de la commission
Couloir de lignes à très haute tension

A Saint-Lô mardi soir, comme lors de toutes les réunions organisées entre
Cotentin et Maine, le public était majoritairement hostile au projet de ligne
très haute tension.
Une salle bien garnie, un auditoire motivé, la dernière réunion
de la Commission particulière du débat public sur l'implantation d'une ligne
très haute tension entre Cotentin et Maine a confirmé la vive opposition
populaire.
« Plus
de 4 000 personnes ont assisté aux quatorze réunions organisées en
Manche, Mayenne et Ille-et-Vilaine. C'est une forte participation. Elle est supérieure
à la moyenne des débats organisés en dehors des grandes agglomérations »,
a constaté, le 21 février à Saint-Lô, Jean-Paul Villaud, membre de la
commission présidée par Jean-Pierre Giblin. « Le climat a souvent
été passionné, mais respectueux. Sauf pour deux réunions qui se sont déroulées
dans un contexte détestable, sous les sifflets et des interpellations à la
limite de la courtoisie. »
Dire que le projet
d'implantation de trois cents pylônes et d'un couloir de lignes à très haute
tension sur les 150 km qui séparent l'usine nucléaire de Flamanville et le
Maine est rejeté des populations, relève de l'euphémisme. « Il ne
s'agit pas de s'interroger si l'on doit enfouir ou non cette ligne, mais bien
d'enterrer le projet », a clairement indiqué Pascal Poisson,
conseiller municipal Vert à Saint-Lô. Un tonnerre d'applaudissements a salué
son intervention. La première des préoccupations des citoyens, répétée dans
chaque réunion, « c'est de connaître les effets sur la santé des
champs électromagnétiques ». Agriculteur
du Sud Manche en guerre depuis quinze ans contre les pylônes qui traversent son
exploitation, Serge
Provost a exprimé
ses inquiétudes. Il réclame, comme de nombreux intervenants, des mesures de précaution.
Chargé de
construire la ligne, RTE (Réseau transport électrique) promet de tout mettre
en oeuvre pour éviter les nuisances. Son représentant, Olivier Herz, peine
toutefois à convaincre. Surtout lorsqu'il assure que « toutes les études
menées depuis trente ans démontrent qu'il n'y a pas d'effets significatifs sur
la santé ».
Il convient bien
d'une incertitude concernant les leucémies de l'enfant, « mais aucun
lien n'a été démontré ». Un discours qui fait frémir les
habitants de la Hague présents dans la salle. Le même laïus rassurant leur a
été servi concernant les leucémies en excès chez les enfants de leur canton.
Les élus ont aussi
été la cible du public. « Pourquoi sont-ils absents ? Nous
aurions été intéressés qu'ils nous expliquent pourquoi ils sont tant accrochés
à ce projet nucléaire. »
Qu'ont finalement
appris les personnes présentes à Saint-Lô, outre les promesses de « transparence
et de concertation » de RTE ? « Que le GPSE (Groupement
permanent sur la sécurité électrique) venait d'être réactivé »,
annonce Olivier Herz. « Manipulation ! » s'écrie
la salle. Surprise aussi du président de la commission. Il réclamait la remise
en route de cette structure depuis des semaines et n'était pas informé de sa
soudaine réactivation.
De ces réunions «
fatigantes mais riches », Jean-Pierre Giblin retire le sentiment
que la population souhaite « une réflexion prospective sur les
besoins en énergie et la manière d'y répondre ». Il a également
bien perçu que « le meilleur moyen de s'opposer à la construction
de l'EPR, c'est de bloquer la THT
».
Jean-Pierre
BUISSON.
Ouest-France du jeudi 23 février 2006

RÉSISTONS !
Sans surprise, le Gouvernement vient de valider le projet de tracé du couloir
de lignes THT Cotentin Maine, prévu par RTE pour envoyer l’électricité du réacteur
EPR en projet à Flamanville vers les Pays de Loire.
Pour le Collectif régional Grand ouest, « l’EPR, non merci », qui regroupe
25 associations, syndicats et partis et associe les collectifs départementaux
anti-THT à ses travaux, la lutte continue :
- Les enquêtes publiques ne sont pas encore menées,
- Les permis de construire ne sont pas encore accordés ;
- Les recours devant le Conseil d’État contre le décret de création de
l’EPR n’a pas encore été jugé ;.
- RTE n’est pas encore entrée sur les terrains,
- Les pylônes ne sont pas encore construits…
Tout dépend encore de notre mobilisation. Résister contre les
risques du nucléaire et des lignes très haute tension reste plus que jamais légitime
et nécessaire.


NDLR / nous nous efforcons de citer avec application , cependant pardonnez
nous les manques et oublis.
les citations ne refletent pas la redaction et ne sont la que pour informer
et decrire dans une approche: "" (/simplification/pur en savoir plus/
en langue anglaise/pour specialiste/)
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